Par Michel Mouillart, économiste, spécialiste d’économie immobilière, professeur à Paris-Ouest.

Il est clair que la crise du coronavirus va perturber le marché : réduction des déplacements, et annulation des visites.

 

Si la situation perdure, il pourrait y avoir une crise de l’offre nouvelle. Car le secteur de la construction va être impacté.

Déjà les tendances de la construction ne sont pas très bonnes et la France ne construit pas suffisamment pour faire face à la demande d’aujourd’hui et de demain. Alors si la situation sanitaire et économique ne s’améliorait pas d’ici l’été, on ne peut que craindre une crise de l’offre qui affectera les ménages les plus jeunes et les plus fragiles.

 

Il ne serait pas compréhensible dans ce contexte que le Haut Conseil de Stabilité Financière persiste dans ses recommandations, qui gèlent une partie de l’économie réelle et qui, à ce jour, sont en contradiction avec la position de la BCE.

Cette dernière cherche à préserver l’économie réelle en facilitant l’accès à un crédit abondant et bon marché, alors qu’au contraire la Banque de France cherche à limiter l’offre de crédits immobiliers aux ménages et à renchérir son coût. Il faut au contraire éviter la dégradation d’un secteur d’activité qui contribue à la santé économique générale, tant en termes d’emplois que de PIB.

Oui, avant même le coronavirus, il y avait déjà une certaine contraction de l’activité et des ventes, toujours à cause de ces recommandations qui ont exclu toute une catégorie de ménages emprunteurs. Depuis décembre, on constate un net recul de l’activité bancaire, avec un nombre de prêts accordés en recul de 13% sur un an. Il n’y a pas moins de demandes de crédits, mais plus d’exclusions. Les projections, d’avant coronavirus, tablaient déjà sur un recul de l’ordre de 100.000 unités du nombre des achats immobiliers réalisés par les ménages en 2020, tant dans le neuf que dans l’ancien (soit un recul de l’ordre de 8% de l’activité des marchés).

Cependant, même s’il y a moins d’achats, la pression sur le prix risque de se renforcer. D’abord parce que ceux qui sont désormais exclus étaient justement ceux qui achetaient le moins cher ; ensuite parce que la contraction de l’activité est synonyme de raréfaction de l’offre et donc de pression sur les prix ; enfin parce que la baisse de l’activité concerne jusqu’à présent les marchés les moins chers.

Il ne faut donc pas compter sur un mouvement de baisse des prix, sauf si la crise sanitaire se durcit au-delà de ce qui est attendu et surtout perdure après l’été. Selon les scénarios actuels, l’activité économique et immobilière devrait revenir vers la normale à partir des mois de mai et juin.

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